05 septembre 2009

fin

Faim
Feint
Fin

Scènes d'enfants

Scènes d’enfants, Robert Schumann
  1. Gens et pays étrangers (Von fremden Ländern und Menschen)
  2. Curieuse histoire (Kuriose Geschiste)
  3. Colin-maillard (Hasche Mann)
  4. L'enfant suppliant (Bittendes Kind)
  5. Bonheur parfait (Glückes genug)
  6. Un évènement important (Wichtige Begenbenheit)
  7. Rêverie (Träumerei)
  8. Au coin du feu (Am Kamin)
  9. Cavalier sur le cheval de bois (Ritter vom Steckenpferd)
  10. Presque trop sérieusement (Fast zu ernst)
  11. Croquemitaine (Fürchtenmachen)
  12. L'enfant s'endort (Kind im Einschlummern)
  13. Le poète parle (Der Dicher spricht)

le jardin croisé

C’est le jardin d’art du jardinier land arter.
C’est le jardin croisé de Chouman, de la lune et de Nils Udo.
 
Regardez-le pousser, écoutez-le chanter.
Il chante des gens et des pays étrangers.
Il chante une curieuse histoire.
Il chante colin-maillard.
Il chante l’enfant suppliant.
Il chante un bonheur parfait.
Il chante un évènement important.
Il chante une rêverie.
Il chante au coin du feu.
Il chante comme un cavalier sur son cheval de bois.
Il chante presque trop sérieusement.
Attention ! il chante Croque-mitaine.






Il chante et l’enfant s’endort.






Il chante et le poète parle.

chut

Chut ! C’est toute une histoire de la feuille.
Une histoire à écrire en silence.







c'est très fragile

C’est sur l’eau. Les arbres sont à l’envers.
L’eau, on la devine, par le reflet des branches et  des feuilles mortes.
Une feuille solitaire et vivante flotte. Il y a des aiguilles dedans. Nils les a plantées. On dirait des allumettes.
Ça va bouger.
S’il y avait du vent, la feuille pourrait être emportée.
Si on lançait une pierre, un silex, la feuille pourrait couler.
C’est très fragile.
C’est très léger.
Là-haut, on dirait une toile d’araignée.
On voit le monde à l’envers. Le sol est au plafond.
Il y a des lumières, on dirait des allumettes, des bougies.
Peut-être que ça t’éclaire la nuit.
On dirait des épines, des échardes.
Ça peut nous rentrer dans le pied, ça peut te brûler.
C’est sur l’eau, ça flotte.
La feuille avance, dans ce sens-là.
On dirait une plume.
Une feuille de nénuphar.
Une petite barque !
Une bouche ! un œil !

et soudain il naît un jardin d'art

Le jardinier Chouman plante des mots croisés.
Il plante vague avec arbre.
Il plante soleil avec groseilles, et avec oseille.
Il plante moto avec vélo.
Il plante fossé avec auto.
Il croise soleil avec ravin.
Il croise lune avec Nils Udo,
Et soudain il naît un jardin d’art :

Laura

Chouman plante des mots à l'envers.
ALORS il plante LORS-A.
Et il pousse de l'or dans les fleurs, et il pousse une Laura. C'est une sirène, elle bouge comme le vent. C’est une princesse, une reine.
C’est une femme fleur, c’est une femme cœur.
C’est une femme vent, une femme herbe, une femme arbre.
Une femme linge, une femme télé, une femme poulette, une femme canard.
Une femme pierre, une femme sculpture, une femme…
C’est une femme livre, c’est une femme jardin, c’est une femme Angélique.
(« Attendez ! s’écrie l’une des petites auteures de Bihorel. Moi, j’ai quelque chose à dire :
C’est une femme en rose ! »)

moi, je sais faire les coeurs brisés

(Il y a un petit chahut dans la classe des petits auteurs de Bihorel. Soudain l’un d’entre eux se lève et dit : « on se tait ou sinon j'arrête de faire le livre de l'amour ! »)
On plante le mot amour
On le plante avec une tige rouge et il pousse un cœur tout au bout.
Ça fera une plante d'amour.
On l'arrosera avec des bisous, avec du rouge à lèvres.
On l'arrosera avec des caresses.
Il poussera une croix d'amour
Avec une flèche au coeur
moi je sais faire les coeurs brisés.

chouman tord le K

Maintenant Chouman va planter des mots tordus, des mots croisés, des mots à l'envers, des mots chatouilleux.
Il va planter des mots mangeurs, des mots toboggans, des mots jardins, des mots tordants, des mots motos, et des mottes de terres.
Chouman plante des lettres tordues.
Le X a la forme d'une fêlure.
Moi je veux parler du K !
Le jardinier Chouman tord le K avec sa fourche.
C’est une fourche où brûle un feu au bout des piques.
C’est une fourche à souder.
Le jardinier Chouman tord le K avec sa fourche et il le plante.
 


Et il pousse un képi, un koala, et même Kirikou !

chouman a planté les mots

Le jardinier Chouman plante la rosée du ciel et il pousse une fontaine qui roule le tambour.
Chouman plante le nez d’un caillou et il pousse des étoiles.
Chouman plante la croix de terre et il pousse une promesse : « Je ne cueillerai pas les fleurs. »
Chouman plante un immense fer à cheval et il pousse un sabre volant.
Chouman plante une étoile rouge et il pousse un écolier travaillé de miracles.
Chouman plante le poète Henri Michaux et il pousse des mots qui pètent et qui roupètent.
Chouman plante sa cervelle dans la lune et il pousse une chanson de Lola qui commence par : « je meurs d’ennui ».
 



Chouman a planté les mots et les mots ont changé de lumière.

la phrase de l'univers

Maintenant on danse la phrase du pétale autour du jardinier Chouman et de son arbre.
On ramasse le pétale. On le lève très haut dans le ciel, dans les nuages. On ferme la main et on redescend très très vite. On fait le voyage main grande ouverte, on fait voyager son pétale devant, derrière, sur les côtés, sous le ventre, en bas, en haut.
On prend son autre main, on la regarde, on la met très très loin derrière soi et on la pose sur l'autre main, au-dessus du pétale.
Puis on court très vite et on le lâche.
Et on recommence.
Trois fois.
On a dansé la phrase du pétale.







Maintenant on va danser la phrase de l'univers.

ils dorment l'un contre l'autre

L’arbre de Chouman est au milieu d'un tapis de fleurs. Il se déplace avec ses racines comme un mille-pattes. Il veut aller en Afrique.
S'il y a un coup de vent, s’il y a une tempête, il tombe et il a du mal à se relever. Chouman l’aide comme il peut, mais l’arbre est trop lourd.
Il fait appel à un hélicoptère et ils le redressent avec une corde.
 


Le jardinier Chouman et son arbre sont très fatigués. Ils dorment l’un contre l’autre.

l'arbre de chouman

On a chanté la chanson de Chouman au pied de son arbre.
Dans le marron des feuilles il y a du vert,  il y a du blanc, il y a du noir et de l'orange.
Sur l’arbre de Chouman, les feuilles sont carrées, elles sont pliées, elles sont trouées. Tiens ! cette feuille en creux, on dirait un petit siège.
L’arbre de Chouman est tout en fer et ses racines sont à l’air. On dirait des allumettes prêtes à prendre feu. L’arbre de Chouman n'est pas enraciné.
Il a poussé très vite, en catimini.
Ne l’arrosez pas, il rouillerait !

sans titre

Quand Chouman pleure, il pleure des légumes qui poussent plus gros et plus beaux que jamais.

sa langue fourche

Le jardinier Chouman ressemble à son cousin, le prince des mots tordus. 
Sa langue fourche : il dit un mot à la place d'un autre.
Il dit : je vais me croquer au lieu de je vais me laver.
Il dit : je vais mettre mon gros dos, ou bien, je vais mettre mon croco
au lieu de je vais mettre mon chapeau.
Il dit : je vais mettre mon guidon, au lieu de je vais mettre mon pantalon.
Il dit : je vais pique-niquer au lieu de je vais jardiner.
Je vais aller têter, je vais jartêter, je vais jarbiner, jarquiner, je vais jédiner...
Jardiner ou j'ai dîné?
 

le jardinier dit

Quand le jardinier dit quelque chose,
quelque chose se met à pousser.
Le jardinier dit,
et tout ce qu’il dit pousse.
Le jardinier dit : chou !
Un chou se met à pousser sur ton mur.
Le jardinier dit : cheveux !
Des cheveux poussent dans ton herbe.
Des cheveux blonds, des cheveux noirs, des cheveux bruns,
en brosse, en boucles et en vagues douces sur ton herbe.
Le jardinier dit : Entrac !
Attention poussez-vous, un entrac, c’est aussi gros qu’un tracteur !
Le jardinier dit : Carcasse !
Et il se met à tomber une cascade d’os.
Attention à vos têtes !
Le jardinier dit : Couftouiiour!
Et un couftouiiour se met à pousser.
Le jardinier dit corcobolo, carcabala, corcololo,
et zouk et lic et lac
loco et corala
couilatch élétouria
plicoco kicoriac et coucourouille !
 


Et pourquoi pas Courouillé pendant que vous y êtes !

dans la mare, l'oeuvre d'art

Chouman a fait une oeuvre d'art.
Une œuvre d’art très très rare.
Mais son jar, une vraie tête de lard
Passe par là et plouf !
Dans la mare l’œuvre d’art.
 
Dans la mare l’oeuvre du pauvre jardinier Chouman !

un jardinier land arter

Non, moi je dis que c'est un jardinier jardinier !
Moi je dis que c'est un jardinier artiste !
Moi je dis même que c'est un jardinier LAND ARTER !
Le jardinier Chouman est un land arter. Je fais de l’art, dit-il.
Je fais de l’art avec toi, avec tout, avec toute la nature.
Je fais de l’art avec des choux ou des carottes, avec des courgettes, des salades et des tomates.
 
Une citrouille pour la tête, des tomates pour les yeux, les pommes c'est pour les joues, la poire c’est pour le nez, et toi petit haricot tordu, tu feras une jolie bouche. Quelques brocolis pour les cheveux, deux petits cornichons pour les sourcils, les fanes du radis feront la moustache, et pour finir, des oreilles en feuilles de chou !

J'enlève le je

J’enlève le je 


J’enlève le ji du jardinier
Ahh !!!
Pauvre ardinier !
J’enlève le dé, j'enlève le i
j'enlève de ni, le e et le re du ardinier
Qu’est-ce qui reste ?
Ahh !!!
Chouman n’est plus qu’un pauvre …art…
 



Un pauvre artiste !

chou blanc!

Chouman fait pousser des choux blancs, des choux verts, des choux rouges,  des choux bleus, des choux roses, des choux noirs, des choux jaunes, des choux belges, des choux invisibles, des choux-fleurs, des choux nuages, des choux neige, des choux-terre, et des chouquettes.
Mais Chouman ne mange jamais de chou.

chou blanc!

Chouman fait pousser des choux blancs, des choux verts, des choux rouges,  des choux bleus, des choux roses, des choux noirs, des choux jaunes, des choux belges, des choux invisibles, des choux-fleurs, des choux nuages, des choux neige, des choux-terre, et des chouquettes.
Mais Chouman ne mange jamais de chou.

un jardinier plante

Chouman sautille. Chouman marche à cloche pied. Chouman marche en soldat.
Parfois il perce ses bottes et il s'enfonce dans la terre.
Il ne peut plus bouger.
C’est un jardinier planté, c'est un jardinier plante, c'est un jardinier terre, c'est un jardinier enraciné.
C'est un jardinier arbre, c'est un jardinier fruit.

coiffé avec un clou

Chouman le jardinier ressemble à sa fourche.
Ses pieds sont de vrais pics enfoncés dans des bottes.
Ses yeux ont l’air de bouchons de lait qui seraient tombés.
Et ils brillent comme de la colle séchée.
Ses bras, ce sont de vraies guirlandes de toutes les couleurs.
Et pour clore le tout on dirait qu'il est coiffé avec un clou.


Attention à la jarre

Chouman est un jardinier.
Jaja est le nom de son jar.
Le papa Oie avec ses papattes palmiers.
Jaja s’est coincé la tête dans la jarre,
dans la jarre du jardinier.
Il soulève la jarre
et court partout sans rien voir.
Attention au jar !
Attention à la jarre du jardinier Chouman !

Bafouille pour elle, eux et vous

Un exercice d’admiration

Le 20 novembre 2008, sur la route qui menait au jardin d’Angélique, à Montmain, près de Bois d’Ennebourg, on pouvait entendre Claudio Arrau sur France Musique - un enregistrement de 1974 - jouer les Scènes d’Enfants de Robert Schumann. C’était le jour de la première rencontre avec la classe d’Isabelle, maternelle grande section. On avait en poche et en mémoire le Grand Combat d’Henri Michaux, greffeur de mots. De cette rencontre - de ces rencontres - est né le jardinier Chouman.
L’adulte est un pédagogue qui a besoin d’aérer son rôle de pédagogue devant le génie enfantin.
Même si Génie est un mot complètement désuet, il repousse bien dans un jardin, dans un jardin d’enfants. En musique, en danse, en mots, en images.
Nous avons écrit, jardiné, retourné, sillonné, planté, arrosé, biné un petit coin de langue, nous avons fait pousser quelques sens et nous avons regardé pousser toute seule la chose : une petite créature botanico-poétique, un petit environnement écolo-poétique…
C’était en quelque sorte un exercice d’admiration – extraordinairement actif et réactif.
Voilà.

Bafouille de la maîtresse

Les graines du savoir seraient-elles dans le jardin ? 

Pendant toute cette année scolaire, nous avons « adopté » un jardin : le jardin d’Angélique à Montmain.
Au jardin, tout est apprentissage si on prend la peine de s’y attarder.
Cela nous a permis d’appréhender le monde du vivant et les cycles de vie : plantations de bulbes (tulipes et jacinthes), de graines (radis), de semis (tournesols), de plantes (pensées et primevères), et de travailler avec des jardiniers de la ville.
Nous avons abordé les arts visuels avec Arcimboldo et ses drôles de personnages en fruits et légumes. Nous avons accueilli une œuvre de Nils Udo grâce à un prêt du Fond Régional d’Art Contemporain, et Michel Gibault, artiste rouennais nous a prêté quelques-uns de ses arbres en fer, aux racines et aux fleurs étonnantes.
Un grand moment fut le travail avec la plasticienne claire Leze Schmite : avec son aide sont nés des jardins suspendus faits de terre et d’objets détournés, un arrosoir improbable, une fleur surprenante…le tout piqué de centaines de lentilles et de betteraves germées. L’objectif étant d’animer de manière originale  une plate bande de la mairie de Bihorel.
Toutes ces expérimentations ont enrichi les activités de danse que nous avons menées parallèlement avec Valérie Levavasseur, en particulier notre visite dansée au FRAC au milieu de l’œuvre de David Saltiel, emmenée par la danseuse Manuella Brivary. Nous avons aussi dansé notre fameuse « phrase du pétale », commune aux 3 classes, dans les jardins d’Angélique et notre chorégraphie « un amour de jardin » dans ceux de la mairie de Bihorel.
Et bien sûr, nous avons parlé, échangé, « poétisé » et joué avec les mots avec l’écrivain Philippe Ripoll qui nous a entraîné dans l’univers  merveilleux et surréaliste de CHOUMAN,  le jardinier  mélomane, adepte de Robert Schumann et de ses « scènes d’enfants » et grand amateur de Henri Michaux et de son « grand combat ».
Les graines du savoir seraient-elles dans le jardin ? 
Isabelle Roig

Auteurs-jardiniers

Alerig, Alice, Antonin, Capucine, Eloïse, Etienne, Gabin, Hippolyte, Hugo, Jeanne, Justine, Lola, Louis, Malo, Mamadou, Maria-Camila, Marie, Martin , Mathéa, Mathis L., Mathis Z., Maxime, Nadir, Oisin, Pearl, Pierre-Louis, Thomas, Tibo, Valentin, Victoria


Atelier poétique avec la classe grande section de Isabelle Roig (Ecole Maternelle Jean Macé, Bihorel), assistée par Christèle.
C'était l'année dernière environ.



En hommage aux Scènes d’enfants de Robert Schumann.
Avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles dans le cadre du dispositif
« Adoptez un jardin » et la Ville de Bihorel